Le Temps de la terre

Le Temps de la Terre

 

Travailler l’argile, c’est être en contact avec la matière et entrer dans le cycle du monde.

Le temps n’est plus découpé en secondes, en minutes. Nous avançons avec lui, il est étape et découverte.

Ce n’est plus le mécanisme de l’horloge qui nous guide mais les transformations et la métamorphose de l’argile.

Dépasser le temps historique et retourner aux origines de la création est une source d’apaisement.

On se sent à nouveau connecté.

Mais connecté à l’essentiel : à la vie et au monde.

J’ai voulu transmettre cette expérience à de jeunes gens, eux aussi en pleine métamorphose.

Pour illustrer cette idée et après avoir travaillé avec le céramiste Sangwoo Kim fin 2016, j’ai imaginé une installation de céramiques réalisées par des élèves de collège.

La technique traditionnelle Onggi permet la réalisation de grandes pièces en argile.

Sangwoo Kim, démonstration Onggi

Elle est donc employé pour ce projet. Cette fois-ci, ce n’est plus une jarre mais des cocons qui sont modelés par les adolescents.

Quatre cocons à leurs tailles, dans lesquelles ils pourront se réfugier, s’extraire de la collectivité le temps d’un rêve.

Quatre années de collège où ils passeront de l’enfance à l’adolescence, quatre années où leur corps va se transformer comme la chenille en papillon.

Prendre son envol et choisir sa voie.

Quatre points cardinaux, voyager et savoir se repérer.

Quatre éléments.

Les sculptures seront exposées dans des jardins : jardin d’eau, de terre, de feu et d’air.

Jardins conçus au sein du collège Val de Rosemont à Giromagny.

Les cocons

J’ai la chance de pouvoir prendre du temps avec des élèves de 4ème qui font partie de l’Atelier d’Arts Plastiques. Deux heures par semaine. Douze élèves. Des conditions idéales pour enseigner, transmettre, partager et pratiquer.

Une bulle dans un ouragan.

C’est avec ces élèves que nous avons réalisé les cocons en céramique.

Deux jours entiers à modeler de l’argile chamottée.

Deux jours à travailler devant les quatre cents élèves du collège. Leur faire découvrir cette matière et ce métier.

 

Rebecca Maeder et Sangwoo Kim sont venus transmettre leur savoir-faire. Sangwoo Kim est venu les faire voyager en modelant mais surtout en parlant coréen. Une aventure humaine et une bulle spatio-temporelle. Modeler, masser un volume qui prend corps comme une vague durant deux jours fut une expérience envoûtante.

La création au coeur du collège.

Après les deux jours de modelage avec les élèves de l’Atelier, près de la moitié des élèves du collège ont eu leurs mots à dire. Soit près de deux cents élèves qui ont pu graver dans l’argile, des phrases en français, grec, anglais, allemand, espagnol, en russe et en coréen. Ces textes ont pour sujet le « voyage dans tous ses états : voyager pour se découvrir soi-même, pour rencontrer les autres, pour travailler, pour sauver sa vie », thème du projet Erasmus +, France-Grèce 2017/19.

Le collège de Giromagny est jumelé à celui de Larissa. Les correspondants grecs ont pu venir en France en mai 2018 et une soirée mémorable à eu lieu le 30 avril 2018.

Un spectacle a été organisé avec un grand nombre d’élèves et de professeurs puis la soirée s’est prolongée au collège où trois feux ont été allumés pour cuire les céramiques avec les artistes.

Le feu sur terre pour métamorphoser la matière et le feu dans le ciel pour rejoindre les étoiles.

Des lanternes célestes ont été allumées et se sont envolées dans la nuit sous les yeux émerveillés de tous.

Les lanternes photographiées par O. Schnoebelen de L’Est Républicain.

Les sphères

Lauriane Firoben, les deux fours papiers et le collège de Giromagny

Deux autres classe de 4ème ont pu travailler sur ce projet pluridisciplinaire que j’ai mis en place. J’ai fait la rencontre de la céramiste Lauriane Firoben et c’est avec elle que nous avons travaillé durant près d’un an pour réaliser soixante sphères en argiles sigillées avec soixante élèves.

Ces sphères graviteront autour des cocons comme un système solaire.

L’enfant qui prend place dans le cocon se trouve au centre d’un monde, le centre d’un univers. Trouver son propre centre. Se concentrer pour mieux s’ouvrir aux autres. 

 

Les élèves ont d’abord cherché de l’argile dans leur environnement proche, dans le bois à coté du collège. Ils l’ont fait décanter en cours de Physiques-Chimie puis l’ont utilisée en cours d’Arts Plastiques pour obtenir une argile sigillée.

https://editor.genial.ly/Editor/Index/5a04c19f21cf3624786f8630

Le moment le plus fascinant fut la cuisson des céramiques lors de cette fameuse soirée.

Lauriane Firoben a érigé deux fours papiers avec les élèves grecs et français durant la journée.

Ils ont craché leur flammes et leur fumée à la nuit tombée tel des dragons éphémères qui nous ont offerts des perles multicolores dans la nuit. Ces perles sont des planètes aux multiples nuances, révélées au contact des cendres, de la sciure et du sable à la cuisson au feu de bois.

Deux des cocons ont été brûlés une seconde fois.

Après la première cuisson au gaz à 1 000 degrés dans le four professionnel de La Faïencerie de la Doller http://faiencerie-doller.com/, Sangwoo Kim et Rebecca Maeder ont pu les recouvrir de deux stères de bois au fond d’une fosse de deux mètres de profondeur.

Merci à M. Mateus pour sa précieuse aide durant toutes ces années et pour nous avoir trouvé la solution quant à la réalisation de cette fosse !

La qualité et le grand nombre des céramiques réalisées durant cette année m’a permis de concevoir un lieu d’exposition à la hauteur de ces œuvres d’art.

J’ai donc imaginé les installer en plein-air dans un futur jardin au sein du collège.

Le Principal du collège M. Sirantoine, qui avait déjà donné les autorisations pour les cuissons et les feux dans la cour, a réussi à trouver un espace adéquat.

Ce projet de jardin m’occupera durant bien quatre ans car il s’agit en réalité de quatre jardins :

  • l’argile humide/le jardin d’eau, la mare pédagogique
  • l’argile solide/le jardin de terre, le potager et le Paradis
  • l’argile cuite/le jardin de feu, la grotte et les Enfers
  • L’argile et l’air/le jardin musical, le dragon protecteur

Une nouvelle collaboration avec l’Université de Lampung en Indonésie permettrait d’élargir les horizons et d’étudier les écosystèmes marins et ceux des mangroves dans un souci d’ouvertures culturelle et scientifique qui prolongera le projet Arts et Sciences : « L’Homme-Nature ».

Mais pour réussir un tel pari, il faut être soutenue et trouver les financements.

C’est pourquoi je remercie mes chers collègues qui m’ont fait confiance et qui ont permis de croiser nos différentes disciplines pour donner une belle cohérence et un rayonnement international.

Je remercie la direction d’avoir organisé/désorganisé les 55 minutes/semaine réglementaires en une rencontre humaine souple et intense.

Je remercie les artistes pour leur investissement.

Je remercie bien évidemment mes chers élèves d’avoir si bien travaillé et d’avoir réalisé ensemble ce projet d’envergure.

Quand au financements, outre la participation du Conseil départemental et de la DRAC dans le cadre de culture collège…nous avons eu un très beau coup de pouce le 29/06/2018 !

Article sur le site académique:

http://www.ac-besancon.fr/spip.php?article7654